Le journal d'un lecteur

La vie d'un lecteur professionnel, au jour le jour. Romans et autres livres nouveaux au programme.

28 août 2005

Cambriolage

En me levant hier matin, très tôt comme de coutume, j’ai eu une mauvaise surprise : je n’arrivais pas à ouvrir la porte de l’appartement pour aller pisser, deuxième geste de mes débuts de journée après avoir allumé l’ordinateur. En tirant sur la porte, j’ai pu voir qu’une sorte de ficelle bleue la reliait à celle de la cuisine et m’empêchait de la tirer. Quel plaisantin… ? Ce n’était malheureusement pas une plaisanterie : dans la nuit, une ou plusieurs personnes étaient passées par là, avaient vidé la cuisine et la dalle de bain de tout ce qu’ils avaient pu emporter. Trop pour un seul voleur, mais ce qui est resté indique qu’ils n’étaient pas nombreux. Deux, probablement. Qui ont agi en silence et sans m’éveiller, alors que j’étais à quelques mètres. La mauvaise impression de vulnérabilité ne m’a quitté de toute la journée, d’autant que j’ai eu à en parler avec les policiers pendant plusieurs heures, le temps de déposer plainte, d’aller chercher deux agents de la police scientifique, qu’ils viennent relever des empreintes (qui sont peut-être les nôtres), que l’agent de service au commissariat du quartier établisse ma déposition… Drôle d’ambiance.

Hier matin, je n’arrivais même pas à lire le journal en y consacrant l’attention que j’y mets d’habitude.

Hier après-midi, cela allait un peu mieux. J’ai lu un roman de Frédéric Roux, Et mon fils avec moi n’apprendra qu’à pleurer (Grasset, 305 pages, 18,50 euros, en librairie le 7 septembre), qui m’a en partie requinqué. Il y a là assez de haine envers une jeunesse gâchée pour redonner de l’énergie.

Energie gaspillée, le soir, à rentrer dans l’appartement les quelques casseroles achetées en hâte pour remplacer celles qui ont été volées, à se barricader avec les moyens du bord – le coup de la chaise inclinée sous la serrure de la porte d’entrée, miraculeusement bloquée dans l’embrasure d’une autre porte, permet de se croire en relative sécurité.

Bon, ce n’est pas très drôle, tout ça. Mais c’est la vie. En attendant de nous racheter un réchaud au gaz, ma compagne fait la cuisine sur un fatapera, un feu au charbon de bois. Et le charbon de bois disponible pour l’instant dans le quartier n’est pas de très bonne qualité, il ne chauffe pas assez pour cuire les spaghettis qu’on voulait manger ce soir avec un ami qui nous visite. Il n’y aura pas non plus, alors que c’était prévu, d’escargots en entrée, les six boîtes que m’avait fait transmettre le patron d’une boîte qui s’occupe de ça ont disparu. On mangera des sandwiches, et on se consolera avec une bouteille de vin, que j’espère bonne, cadeau récent d’un autre ami de passage, qui a miraculeusement échappé à l’œil des voleurs.

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19 août 2005

Impossible de tenir parole

Je m’étais promis, ne le répétez pas, de ne pas dire un mot du nouveau roman de Michel Houellebecq avant de l’avoir lu. Au service de presse, à Paris, on m’a dit qu’il partait le 22 août, ce qui, si tout va bien, me laisse une chance de l’avoir terminé avant son arrivée en librairie le 31. La principe de ce blog est le suivant : je ne parle que de livres que j’ai vraiment lus. Mais la réalité est celle-ci : je ne lis pas que des livres, je suis aussi un grand consommateur de presse. Presse malgache, d’une part, sur papier, et presse francophone, d’autre part, sur Internet. Donc, j’ai lu aujourd’hui quelques articles de plus sur le prochain roman de Houellebecq. Entre L’Express, qui avait déjà donné lundi, Le Point et Le Figaro (où Angelo Rinaldi se déchaîne) ce matin, puis-je encore faire semblant d’ignorer La promesse d’une île ? Non, bien entendu.

En même temps, je ne peux rien en dire, puisque je ne l’ai pas encore reçu. Quand même : ça se déchaîne. Même les privilégiés qui ont pris un peu d’avance sur les autres, puisque quelques élus ont eu le droit de recevoir légalement le texte avant tout le monde (et si j’étais à Paris, ou à Bruxelles, disons en Europe, il est évident que j’aurais fait comme Rinaldi, essayer de trouver le moyen de contourner l’embargo), ne sont pas unanimement favorables à un roman qui n’a pas fini de faire parler de lui.

A ce stade, je m’en veux de me laisser aller à l’excitation du journaliste, et d’oublier presque que des livres ont dû arriver depuis hier dans les librairies. Je me console en pensant que j’ai essayé d’attirer l’attention sur quelques-uns d’entre eux. Et je ne n’essaie pas de cacher que j’ai, comme l’avoue Assouline dans son blog, très envie de me jeter dans La promesse d’une île. Pensez donc : je suis allé jusqu’à écrire à Raphaël Sorin, grand organisateur de ce lancement, que je serais bien marri de ne pas être inscrit dans la liste des destinataires du service de presse, en raison du pays où je vis. Entre îliens, n’est-ce pas… ?

Et après ça ? Ben, j’attends, que voulez-vous que je fasse d’autre ? En lisant les deux volumes de Une autre histoire de la littérature française, de Jean d’Ormesson, réédités en poche (Folio, n° 4252 et 4253, 399 et 413 pages, 6,80 euros chacun, en librairie le 22 août). Où le plus contemporain des auteurs retenus est Georges Perec, mort en 1982, ce qui ne nous rajeunit pas…

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18 août 2005

L’histoire est sans importance

J’ouvre par une contre-vérité (partielle) : il n’est pas tout à fait exact que l’histoire, dans un roman, soit sans importance. Mais elle est rarement l’essentiel. Même dans les cas où le récit est censé vous tenir en haleine, comme dans le polar par exemple, ou dans le feuilleton, le style est ce qui vous accroche vraiment. Voyez Dumas. Et, si vous ne me croyez pas, retournez-y voir, vous risquez d’avoir une (belle) surprise.

Je pense à cela à cause du nouveau roman de Pierrette Fleutiaux, Les amants imparfaits (Actes Sud, 317 pages, 19,80 euros, en librairie dans quelques jours). En treize lignes, le texte de quatrième de couverture nous en dit plus sur la trame du récit que les… presque trois cents premières pages du roman. C’est un vrai résumé à l’ancienne, après lequel l’histoire ne présente plus guère d’intérêt, puisqu’on en sait à peu près tout.

Maladresse d’éditeur ? Non, bien sûr. Car ce très beau livre vaut pour la manière dont il est mené, dans un jeu constant de réflexion sur l’écriture en train d’être conduite, et sans aucun pédantisme, sans aucune théorisation. Le matériau de l’auteur devient matière palpable, source d’interrogations sans fin, et d’en parler suscite quelques jolies réflexions, comme celle-ci, sur la manière de définir (de tenter de définir) ce qu’est une phrase d’écrivain :

« C’est une phrase qui semble venir d’ailleurs, qui s’énonce toute seule dans ta tête, avec un rythme qui te surprend toi-même, et qui semble porter une expérience bien plus vaste que la tienne. »

Essayez de faire mieux, pour voir. En ce qui me concerne, je ne m’en sens pas capable.

Voici un livre qui existe, et qui existera fort, j’espère, dans les semaines qui viennent en librairie, et plus longtemps encore pour ses lecteurs.

En revanche, on ignore si le nouveau roman de François Weyergans, annoncé depuis un temps fou (son livre précédent date de 1997, quand même !), verra le jour cette année. Il est annoncé à peu près chaque fois, l’auteur l’a même raconté aux représentants, l’éditeur s’est même fendu, il y a quelque temps, d’un « booklet » de présentation, il y a eu des articles, au moins une émission de télévision… mais d’ouvrage, point jusqu’à présent. Le Nouvel Observateur paru ce matin en rappelle quand même le titre prévu, à tout hasard : Trois jours avec ma mère. On ne sait jamais…

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16 août 2005

Faute de temps

Il y a des informations dont on ne pourrait se passer. Comme celle-ci, trouvée dans une dépêche AFP tombée hier : Victoria Beckham n’a jamais lu un livre… faute de temps ! Voilà qui me met de bonne humeur, moi qui manque de temps pour lire tous les livres que je voudrais lire. La star (ou femme de star, ou les deux à la fois, ce qui fait quand même, je le concède, deux occupations à temps plein) apporte quand même une nuance : elle aime bien les magazines de mode. Peut-être y lit-elle de temps à autre un article, entre deux heures passées à dévorer les photos ?

Trêve de plaisanterie : comme tout le reste, lire ou ne pas lire est, pour la très grande majorité des individus, un choix. Et je ne méprise pas ceux qui font le choix opposé au mien. Je m’interroge simplement sur cet étrange besoin à justifier par le manque de temps une attitude qui n’a rien de honteux mais qui est perçue quand même, au minimum, comme peu correcte. Surtout quand on a, comme Victoria Beckham, écrit un livre autobiographique – ou signé, ce qui expliquerait qu’elle ne l’a pas lu. Des « auteurs » réputés pour faire appel à des nègres ont ainsi provoqué la raillerie, quand on leur attribuait ce mot : « Je n’ai pas eu le temps de lire mon livre. »

Cela nous place bien loin de la rentrée littéraire, nous y sommes presque maintenant, dans laquelle les romans qui se pressent sont, dans leur très grande majorité, des œuvres portées par des écrivains tentant d’atteindre le point d’incandescence, et y parvenant pour quelques-uns d’entre eux. Comme Shirley Hazzard, avec un titre qui m’a inspiré la précédente métaphore : Le grand incendie (traduit de l’anglais d’Australie par Claire Céra, Gallimard, 416 pages, 22,90 euros, en librairie le 22 août). Dans le grand tremblement de l’après-guerre, des hommes et des femmes tentent de retrouver des points de repère au sein d’un monde que la bombe atomique a modifié à jamais. C’est magnifique.

Depuis la précédente intervention sur ce blog, j’ai aussi regardé l’essentiel des championnats du monde d’athlétisme à la télévision, ça prend du temps. Je sors d’un gros rhume épuisant, ça modifie la perception du temps. J’ai chargé, pour les besoins d’un vague projet futur, quantité de littérature classique dans l’ordinateur, ça mange des heures quand on n’est pas connecté à l’ADSL, inexistant ici. Et, bien sûr, j’ai lu pas mal de livres, dont je ne vous parle pas, faute de temps.

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01 août 2005

Madagascar

Un jour, je terminerai mon livre sur Madagascar. Il ne ressemblera pas, je l’espère, à ceux que je lis quand je les trouve – et ce n’est pas toujours facile. Les deux derniers m’ont été prêtés par une libraire de Tana, qui se soucie davantage de faire circuler les ouvrages que de les vendre ? Il est vrai qu’elle espérait, dans mon cas, quelques retombées médiatiques, et qu’elle n’avait pas tort : vendredi, je consacre une émission de radio à Christian Dumoux, pour Une enfance malgache (L’Harmattan, coll. Graveurs de mémoire, 150 pages, 30.000 ariary à la librairie Lecture & Loisirs). J’en avais demandé le fichier PDF chez l’éditeur, pour aller vite, et j’ai reçu l’indication d’un lien qui aurait dû me permettre de le charger, mais je n’y arrive pas et j’ignore pourquoi.

Bref, j’ai lu et j’ai moyennement apprécié. Cette enfance est intéressante, certes, parce ce fils de colon n’a pas vécu dans l’opulence, loin de là, et que sa perception du pays est sans doute plus authentique que dans bien d’autres cas. Mais il y a beaucoup de redites d’un chapitre à l’autre – chaque chapitre étant consacré à une des quatorze maisons occupées par la famille au fil des pérégrinations professionnelles du père, et aussi des hauts et des bas (avec davantage de bas) dans les rentrées d’argent. Ce n’est pas très bien écrit et je crains que l’ambition de Christian Dumoux, qui me disait samedi vouloir devenir écrivain, soit contrariée par le manque de souplesse de sa plume.

Ce n’est pas le cas de Roland Vilella, qui offre de belles pages dans Henri le navigateur (L’Harmattan, 381 pages, 300.000 ariary). L’histoire serait rocambolesque si elle n’était vraie : la livraison d’un don de médicaments à Madagascar en butte à une administration non seulement tatillonne mais aussi et surtout gourmande. Le transport s’effectue en voilier, sur le Samarcande, et rien que cela est une aventure, à laquelle d’ailleurs le marin consacre la plus grande partie de son livre. La navigation se prête à la réflexion, que ce soit pendant les moments de calme où le vent ne vient pas, ou pendant ceux qui obligent à la lutte contre des éléments hostiles. Récit de voyage, donc, ce texte est enlevé de belle manière. Je ne sais pas si Roland Vilella a l’intention de devenir écrivain. Quelle importance ? Il l’est déjà !

Posté par pierremaury à 07:20 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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