20 septembre 2005
Weyergans plus fort que Houellebecq
J’ai dit un mot, déjà, des deux écrivains dont les noms apparaissent dans le titre d’aujourd’hui. Je voudrais malgré tout y revenir, puisque rien n’est interdit et que je suis soumis à ma seule fantaisie – dont les limites sont inconnaissables.
Car je suis frappé par deux cas exceptionnels et très différents de promotion dans cette rentrée littéraire, pour des raisons qui n’ont rien à voir.
A l’évidence, le manuscrit de Michel Houellebecq avait été remis en temps et en heure à un éditeur qui a pu organiser, selon les bonnes vieilles lois du marketing (vous connaissez sans avoir jamais fait de marketing, ni moi non plus : il s’agit de faire monter le désir), le lancement de La possibilité d’une île – ça m’énerve un peu de ne pas l’avoir reçu, j’aurais bien voulu le lire et je croyais avoir trouvé l’argument définitif auprès de Raphaël Sorin pour qu’il me le fasse envoyer (car je me doute bien qu’il ne fait pas les paquets lui-même) : j’habite sur une île, donc…
Bref, il y avait là de grandes stratégies en œuvre.
Rien de tout cela avec François Weyergans, qui n’en finissait pas de retarder le point final de Trois jours avec ma mère, au point que, ai-je constaté en rassemblant les éléments d’un article à paraître vendredi dans Les Livres du Soir, les journalistes se sont un peu énervés sur son cas l’année dernière : pour la première fois depuis 2000, Grasset n’annonçait pas la publication du roman à la rentrée. Il manquait un absent potentiel, si j’ose dire.
Maintenant qu’il est là, et vraiment là – je n’ai reçu que le texte sous forme de fichier électronique mais je connais quelqu’un qui a le livre imprimé –, c’est la panique, généralement contraire à toute idée de marketing. Au lieu d’arriver en librairie à la fin du mois, et donc après un paquet d’articles (j’ai rêvé un moment d’être le premier, je crois que c’est foutu), le roman sera expédié en catastrophe et tout de suite. Si mes renseignements sont bons, on devrait pouvoir l’acheter demain.
Attendre si longtemps, puis se presser tellement… Y a-t-il une leçon à en tirer ?
18 septembre 2005
Lecture rapide
Une discussion passionnée a tenu récemment en haleine les membres d’un groupe Yahoo attaché à la diffusion de livres numériques. (Voir le site, exceptionnel, Ebooks libres et gratuits.) Il y était question de la lecture rapide, un sujet qui excite toujours les esprits.
Je viens de passer une grande partie de la semaine à voyager dans Madagascar, à l’est et au sud, et mes lectures ont donc été plutôt lentes. En rentrant, je trouve un envoi postal du premier roman de François Weyergans, Salomé (Léo Scheer, 304 pages, 19 euros), et un envoi par fichier attaché de Trois jours chez ma mère (Grasset, à paraître dans quelques jours), son nouveau roman attendu depuis longtemps. Je vais donc me jeter dessus (j’ai déjà commencé tôt ce matin, en fait – et je ne saurais assez dire combien il est agréable, si loin de Paris, de se sentir quand même assez privilégié d’avoir ces textes, en avant-première pour le second).
Auparavant, je voudrais revenir, pour recoudre ce qui a l’air si décousu dans les paragraphes précédents, sur deux livres au format de poche que j’avais emportés dans mes pérégrinations et où Tom Sharpe fait parler Wilt, anti-héros récurrent de quatre livres désormais (les trois premiers en 10/18, le quatrième chez Belfond), de la lecture rapide (ça y est, c’est recousu ?).
Wilt est professeur de culture générale dans un lycée technique à Londres et se trouve embarqué dans une soirée foldingue au cours de laquelle il va connaître des aventures peu réjouissantes (c’est sa marque de fabrique). En partant cependant d’un point de départ en apparence anodin : « Dix minutes et deux verres plus loin il parlait lecture rapide avec une petite boulotte passionnée par le sujet. »
Un épisode plus tard (dans Wilt 2, donc, pour vérifier si vous suivez), il se retrouve à décourager une femme de s’inscrire au cours de lecture rapide et à lui conseiller plutôt une initiation à la littérature. Au fond, Wilt ne pense pas beaucoup de bien de la lecture rapide : « J’ai essayé de dissuader quelques femmes hystériques et quatre boutonneux de s’inscrire en Lecture Rapide. Mais des clous ! Pourquoi ne pas créer un cours qui leur apprendrait à résoudre les mots croisés du Times en quinze minutes pile. Ils aimeraient mieux ça que de battre des records de vitesse sur le Paradis perdu de John Milton : 10 565 vers… »
A méditer ?