Le journal d'un lecteur

La vie d'un lecteur professionnel, au jour le jour. Romans et autres livres nouveaux au programme.

25 juillet 2005

Fascinations

Balzac et sa robe de chambre, le café à portée de la main.
Hugo qui travaille « à force », comme il l’écrit, à Bruxelles.
Zola accumulant les carnets de notes, enquêtant comme un fou.
Pourquoi ces images me viennent-elles, pourquoi ces clichés me fascinent-ils ?
Parce que je viens de charger sur Internet tout ce que j’ai trouvé de Jules Verne, et qu’il y a là un nombre incroyable de titres dont je n’ai jamais entendu parler ? Et que j’envie les grands travailleurs ? Et que je lirais pour compenser ?
Allez savoir.
Néanmoins, la question est posée, j’ai bien peu qu’elle me suive un bon moment.
Au moins jusqu’au jour où j’aurai enfin terminé le livre que j’ai entrepris sur Madagascar, et que sa nature même rend interminable, puisque j’aurai toujours, je l’espère, des choses vues (encore Hugo !) à y ajouter (je rentre à l’instant du Ministère de l’Intérieur où j’ai subi, plutôt plaisamment, une « enquête de moralité » pour compléter ma demande de renouvellement de visa, que j’ai cette fois souhaité définitif).

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Quelques familles de la rentrée

Quelques familles de la rentrée Les regroupements se créent parfois d’eux-mêmes, ils s’imposent. Rien ne dit qu’on en fera quelque chose plus tard. Mais une lecture réveille les échos d’une précédente. Il n’y a pas là de quoi s’extasier : les écrivains puisent à peu près tous dans le même répertoire, celui de la vie. Et des thèmes reviennent donc souvent de l’un à l’autre. La grande question reste : comment les traitent-ils ?
Avec le bonheur habituel chez Lydie Salvayre, un écrivain qui ne m’a jamais déçu, dont j’attends chaque nouveau livre avec une impatience qui va même croissant au fil des années. Je crois avoir tout lu d’elle. Soit, si je compte bien, les douze titres renseignés dans la bibliographie. Douze, plus un : La méthode Mila (Seuil, coll. Fiction & Cie, 227 pages, 18 euros, en librairie le 26 août). Un discours pour en réfuter un autre, une méthode pour annuler celle de Descartes, le raisonneur froid. Ici, c’est tout le contraire : un homme face à sa mère mourante a besoin de ressources mieux ancrées dans le réel. A moins que ce soit dans l’imaginaire ? C’est parfois la même chose, ou presque.
Régis Jauffret est aussi un écrivain qui mérite la fidélité, même si, en ce qui le concerne, j’ai mis un peu plus de temps à rencontrer ses livres. Depuis qu’il publie aux Editions Verticales, il a acquis une dimension qui empêcherait de le manquer même si on le voulait. Les récentes évolutions du Seuil, dont je vous passe les détails, ont conduit Bernard Wallet, créateur de cette remarquable maison, vers Gallimard. Où paraît donc Asiles de fous (Gallimard, 224 pages, 16,50 euros, en librairie le 22 août). J’y retrouve la vision obsessionnelle qui était celle d’Univers, univers, mieux maîtrisée, et je préfère ainsi.
Quant à Catherine Soullard, elle donne son premier roman, Palmito d’Evian (Calmann-Lévy, 137 pages, 10 euros, en librairie le 31 août). Une fille, cette fois, face à sa mère qui ne va pas bien du tout et dont elle partage des moments avec un intéressant mélange d’affection et d’irritation. Je pense à un ouvrage de Pierrette Fleutiaux, Des phrases courtes, ma chérie, et à ce renversement des générations qui se produit quand la plus âgée n’est plus capable de se prendre en main. Peint à petites touches, le tableau est saisissant de réalisme…

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24 juillet 2005

Je classe, je range…

Une fois encore, j’ai abandonné quelque temps ce journal (au passage, je trouve quand même que la traduction française de blog par journal est meilleur que le carnet proposé par je ne sais plus quelle instance officielle). Pour mieux m’enfoncer dans la rentrée littéraire, regarder tous les livres qui m’ont été envoyés, en lire le plus possible. Curieusement, je crois que c’est la première année où je prends autant d’avance sur les dates d’arrivée en librairie, et je ne comprends pas à quoi ça tient. Mais je suis certain de n’avoir jamais auparavant lu près d’une vingtaine de romans avant même la fin du mois de juillet.

Cela pour dire que je commence à me faire quelques idées sur les articles qui seront à écrire le moment venu, et qu’il y aura bien du plaisir en perspective.

Ainsi, j’aimerais dire un mot d’un des livres les plus attendus de la rentrée. Non, pas le roman de Houellebecq, qui n’aurait encore été lu que par quelques personnes dont je ne suis pas. Mais celui d’Amélie Nothomb, ponctuelle au rendez-vous de fin août avec Acide sulfurique (Albin Michel, 197 pages, 15,90 €, en librairie le 25 août). Parce qu’il m’a horripilé du début à la fin. Une idée, un livre, comme d’habitude. Mais certains sont meilleurs que d’autres, et il en est qui me tombent des mains. C’est le cas de celui-ci. J’espère donc avoir l’occasion d’expliquer pourquoi.

Par ailleurs, je suis frappé par la forte présence d’une sexualité exacerbée dans ces arrivages. Ce n’est pas nouveau. Et peut-être le fait d’avoir consacré un dossier récent au sujet m’y rend-il plus sensible – et peut-être aussi cela explique-t-il le fait que je suis plus rapidement exaspéré. En voici trois, que j’ai envie de ranger dans l’ordre de mes préférences, du moins plaisant au plus… enfin, disons au moins désagréable. D’abord, Un homme est une rose, d’Elisa Brune (Ramsay, 269 pages, 17,00 €, en librairie le 24 août), où l’auteur réalise une sorte de fusion entre deux de ses derniers romans, pour n’en garder malheureusement que les aspects les plus faibles. Puis Le bel échange, de Claudine Galea (Le Rouergue, 80 pages, 7,50 euros, en librairie fin août), l’histoire d’une initiation à des plaisirs sado-masochistes qui sont bien éloignés de mes fantasmes mais dont je peux reconnaître une certaine qualité d’exposition. Enfin, Retourner l’infâme, d’Alexandre Bergamini (Zulma, 77 pages, 8,50 euros, en librairie le 26 août), qui apporte un peu d’air frais dans un milieu glauque et conduit le paradoxe à travers des images fortes saisies dans un cinéma porno où les hommes se frôlent, et plus si affinités.

Ces trois livres ne se situeront pas au Panthéon de la littérature érotique. On ne reprochera pas aux trois écrivains d’avoir essayé…

Pour la suite, on en reparle dès que j’en trouve le temps. Je retourne lire sur mon lit.

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08 juillet 2005

Où sont les trois autres ?

Rions un peu. Tom Sharpe est un des auteurs britanniques les plus réjouissants de notre époque, et il est plaisant de noter que la rentrée verra arriver chez les libraires le quatrième volume des aventures de Wilt, Comment échapper à sa femme et à ses quadruplées en épousant une théorie marxiste (Belfond, traduit de l’anglais par Christiane et David Ellis, 264 pages, 18,50 €, en librairie le 18 août). Mais où sont les trois autres volumes ? La liste des ouvrages du même auteur semble répondre à la question : dans la collection 10/18. Sans autre indication. L’affaire mérite une de ces enquêtes comme les mène l’inspecteur Flint dans ce livre. C’est-à-dire une enquête pas très sérieuse sur des faits graves, ou le contraire. Car, à consulter cette page de bibliographie, il semblerait que seule le collection de poche désignée approximativement par son format (en réalité, c’est plutôt 11 x 18,5 cm, on ne va pas en faire toute une histoire) a publié les trois premiers Wilt. Qui, il faut avoir une très bonne mémoire ou consulter des sites de vente de livres d’occasion (j’ai choisi la deuxième formule) pour le savoir, ont déjà été publiés en français chez d’autres éditeurs, aujourd’hui disparus ou qui n’ont plus ces titres à leur catalogue. Luneau-Ascot est l’un de ces éditeurs, qui a donné quantité d’excellents ouvrages, et qui a depuis longtemps cessé toute activité. Dans cette mesure, je ne sais pas s’il aurait été utile de rendre à cette maison l’antériorité qui lui revient. Quand même : je persiste à croire que les découvreurs d’un livre méritent, même s’ils n’appartiennent plus au paysage éditorial, qu’on leur rende justice. Le quatrième Wilt ne sort pas plus de nulle part que les trois premiers. On sera content, bien entendu, de retrouver ceux-ci en librairie quand, à la rentrée, 10/18 les remettra en vente. Mais ce sera encore mieux si la collection de poche rappelle les noms des éditeurs originaux.

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07 juillet 2005

Loin de Maurice

Comment choisit-on, parmi tous les livres, ceux qu’on lit, ceux qu’on laisse ? Une question que je me pose souvent moi-même et à laquelle je n’ai pas toujours de réponse. Bien sûr, avec la rentrée littéraire, c’est plus facile maintenant que dans deux semaines ou un mois. Trente romans, la belle affaire ! Quand il y en aura cent, ce sera autre chose. Mais, pour Nathacha Appanah, je sais pourquoi elle est arrivée parmi mes toutes premières lectures, pourquoi son roman, La noce d’Anna (Gallimard, collection Continents noirs, 160 pages, 12,50 €, parution le 22 août), m’est tombé tout naturellement devant les yeux. Parce que j’ai lu ses deux premiers livres. Parce qu’elle née à l’île Maurice et que, donc, c’est une voisine, en quelque sorte, même si elle vit maintenant en France, et probablement depuis des années déjà. Et puis, la surprise, c’est que son roman ne parle guère de Maurice. Il y a bien des images, des souvenirs attribués à la narratrice, la mère d’Anna dont c’est la noce. L’écrivaine m’avait prévenu en dédicaçant le volume qui m’est arrivé : une noce loin des rives de Maurice, annonçait-elle. En effet : tout se passe en France. Je suis surpris d’être surpris. Je vais partout, répétant que les écrivains ont bien le droit d’avoir l’imaginaire qu’ils veulent, qu’ils ne sont pas obligés de parler de là d’où ils viennent. Encore attend-on souvent (les lecteurs, les éditeurs, les journalistes) qu’une origine exotique contribue à fournir la matière d’un livre exotique. La couleur locale, il n’y a que ça ! Et, d’ailleurs, la plupart s’y conforment, au point qu’on peut parfois se demander si leur production ne correspond pas à une demande plus ou moins formulée, à une attente collective… Donc, voilà quelqu’un qui rompt avec cette habitude. Et c’est bien, c’est même très bien – parce que le roman vaut aussi par lui-même, seule chose qui devrait retenir l’attention au lieu de chercher des paysages, des mœurs, des visages, que sais-je… Nathacha Appanah est devenue adulte dans son écriture. Attention, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas voulu dire. Il n’est pas obligatoire non plus d’en passer par là. Mais cette liberté assumée est quand même un signe de bonne santé, je trouve.

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06 juillet 2005

Entrons dans la rentrée

Je suis bien embêté. Une règle plus ou moins formelle veut qu’on ne parle pas des livres avant leur mise en place en librairie. Mais la rentrée littéraire sera tellement abondante, comme chaque fois, qu’il vaut mieux commencer à lire dès maintenant les services de presse envoyés aux journalistes. Seule manière de n’être pas complètement noyé sous le flot aux environs du 19 août, date où les nouveautés commenceront à déferler. Avec plus d’un mois devant soi, il est possible de voir venir, et de s’attarder sur les livres au fil des lectures. Je contourne donc la règle sans l’oublier tout à fait. Il n’y aura ici que des approches par la bande, des détails qui ne nuiront pas, plus tard, le moment venu, aux articles à écrire. Ainsi pour le (premier) roman de Jean Hatzfeld, La ligne de flottaison (Seuil, 285 pages, 19 €, parution le 26 août). Longtemps grand reporter à Libération, sur le terrain de toutes les guerres, l’auteur est né à Madagascar, où il bénéficie d’une invitation pour un forum littéraire au Centre culturel Albert Camus, qu’il honorera, je l’espère, un de ces jours. (Invitation dont il me remercie, à tort puisque je n’y suis pas pour grand-chose, dans sa dédicace.) C’est l’histoire d’un reporter de guerre, on n’en est pas surpris. Il y est, au passage, question de Madagascar, pas de surprise non plus. Sylvie, journaliste, parle de ses vacances passées à Bahia : « Avec les récups du temps de travail et les billets d’avion soldés sur Internet, on ne se refuse plus rien. La prochaine fois, Madagascar. » Une idée venue au romancier à cause de son lieu de naissance ? Allez savoir. Une chose m’a touché, qui est loin d’être l’essentiel dans le livre mais qui m’a fait revenir des années en arrière : le moment de bouclage dans un quotidien, quand tout le monde est à la bourre et qu’il ne s’agit pas, comme on disait dans le service où je me suis longtemps trouvé, « mettre l’édition en péril ». Moments de stress maximal où le temps est compté en minutes et non plus en heures. Et puis, on quitte la rédaction vers minuit (je parle pour moi, pas pour le personnage du roman), sans aucune envie de rentrer. Nostalgie douce, sans aucun regret…

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28 juin 2005

Entre bouclages, programmes et avant-premières

C’est une magnifique horreur : Le Soir boucle ses six suppléments littéraires spéciaux d’été alors même qu’on est en train de travailler à celui qui précède. Cela fait sept semaines en une, soit des orgies de lectures heureusement, dans l’ensemble, tout à fait agréables. Avec une mention spéciale pour les Romans noirs de Jean-Patrick Manchette (Gallimard, coll. Quarto, 1377 pages, 26,90 €), pas tous lus au fur et à mesure (ou en bibliothèque, par goût de cet écrivain) et que je m’enfile à raison d’un par jour depuis bientôt une semaine, entre d’autres livres qui n’ont rien à voir. Je n’ai pas terminé, j’en arrive à Fatale qui, si je me souviens bien, était paru dans la collection Blanche et non dans la Série noire comme les précédents. Quoi qu’il en soit, Manchette me donne ma récréation quotidienne, avec du rythme et du style, et j’aime ça. Pendant ce temps, les programmes de la rentrée arrivent en masse, avec probablement un peu de retard en raison de la distance, et je n’ai pas toujours le temps de les étudier aussi vite que je le voudrais. Bah ! Cela ira mieux la semaine prochaine. Et je pourrai même me mettre aux lectures de rentrée, mes avant-premières, puisque les romans arrivent eux aussi, une trentaine m’attendent déjà sur un rayon heureusement fraîchement dégagé grâce à… la prochaine visite de Jacques Chirac à Madagascar. C’est tout une histoire, je vais vous la faire brève : l’Alliance française de Tana a érigé un nouveau bâtiment qui doit être inauguré le 22 juillet par le président français. Dans ce bâtiment, un espace important est réservé à une médiathèque mais le temps et les fonds, si j’ai bien compris, manquent pour garnir les rayons pour la date prévue. Conclusion : cette année, mes services de presse n’iront pas à l’Ecole normale supérieure ni à l’Université, mais bien à l’Alliance française. Pourvu que ça serve, c’est bien.

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08 juin 2005

De la suite dans les idées

Bernard Frank est un homme constant. Dans sa dernière chronique du Nouvel Observateur (celle du 2 juin, je crois), il parle de Courtine-La Reynière, comme il le fait dans Les rues de ma vie (Le Dilettante, 224 pages, 15 €) qui est paru le 17 janvier déjà, c’est fou ce que le temps passe, mais que j’ai bien fait de laisser de côté jusqu’à ces jours-ci pour relever la coïncidence. Il fut un temps où ces chroniques m’irritaient. La gastronomie y prenait une place qui me semblait illégitime, puisque Bernard Frank parle si bien de littérature et que les restaurants évoqués à la place qui aurait dû (me semblait-il) revenir aux livres n’étaient pas pour moi. Trop chers, trop loin… Je suis revenu de cette irritation et je me délecte maintenant de ces pages comme d’un excellent repas, souvent en trois actes, entrée, plat et dessert. Si on ne retrouve pas la structure en triptyque dans les chapitres des Rues de ma vie, livre constitué pourtant d’articles parus de 1989 à 1992, les obsessions de l’auteur sont si présentes que l’ouvrage se termine par un choix de vingt restaurants parisiens, à raison d’un par arrondissement. A dire vrai, je n’ai pas vérifié s’il avait mené à son terme le projet annoncé. Bernard Frank est un homme constant d’une rare inconstance, ou plutôt toujours tiré vers d’autres horizons que ceux qu’il avait lui-même définis. C’est, bien entendu, sans importance. Tout prétexte lui est bon pour aligner des pages d’une rare finesse. Le sujet semble lui être indifférent – ce qui n’est pas vrai non plus, puisqu’il réussit toujours à revenir à ses thèmes préférés. Et puis, les livres de Bernard Frank ont ceci de particulier qu’ils vieillissent très bien. Celui-ci n’est pas si vieux, en fait. Une quinzaine d’années, si l’on considère la publication originale des textes, ou moins de six mois pour le livre qu’il en a tiré. Ne vous pressez donc pas. Les 2222 exemplaires du premier tirage, auxquels il faut ajouter les 33 exemplaires de tête, s’épuiseront avec lenteur. Et, s’ils s’épuisent, Le Dilettante, qui est une bonne maison d’édition comme d’autres sont de bonnes maisons de bouche, le fera réimprimer.

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01 juin 2005

Réconciliation

En 2002, les Editions Phébus publiaient le dernier ouvrage du Chilien Francisco Coloane, Naufrages. J’avais détesté ce livre, j’en avais écrit tout le mal que je pensais. C’était un collage même pas réussi d’informations diverses. L’ensemble était le résultat d’une obsession que l’écrivain ne parvenait pas à me transmettre. Deux mois plus tard, il mourait à 92 ans. J’avais éprouvé un certain malaise, comme s’il n’était pas bien de s’être acharné sur un homme qui allait bientôt disparaître. Mais qu’y faire ? J’avais rouvert Le passant du bout du monde, qui m’avait rasséréné et troublé davantage encore. Parce que j’aimais ce livre-là, au contraire du dernier. J’avais écrit : « je ne sais pas si je regrette de n’avoir pas aimé Naufrages, ou de ce que Coloane ait eu le temps de le publier avant de mourir, ou peut-être que j’aurais mieux fait de ne pas l’ouvrir… Sentiments mélangés, ce n’est pas clair… » Presque trois ans ont passé, et voici la réédition de Cap Horn (Phébus, Libretto n° 195, 192 pages, 7,50 €), que je viens de relire avec un immense plaisir. Qui vaut pour une réconciliation. Après tout, il est stupide d’exiger une qualité constante chez un auteur, il a bien le droit d’avoir des moments de faiblesse. C’est tombé peu avant sa mort, pas de chance. Mais cela n’annule en rien la majeure partie de son œuvre, forte et rude. Cap Horn appartient au meilleur de Coloane. Quatorze nouvelles qui ont l’air vraies, qui le sont peut-être (quelle importance ?) et qui prennent aux tripes. Le climat de la Terre de Feu y est pour quelque chose. Terre battue par les vents et les tempêtes, peu faite pour l’homme qui pourtant s’y acclimate tant bien que mal. Mais qui, à subir les fureurs de la nature, devient souvent lui-même furieux, à l’image des animaux qui accompagnent sa vie. Un brin de folie souffle dans ces pages inspirées. Et j’aime ça.

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31 mai 2005

Retour aux affaires avant la rentrée

Je pensais, hier matin, qu’il faudrait bientôt élaguer les rayons de ma bibliothèque – désherber, préfèrent dire maintenant les bibliothécaires – en vue des arrivages de la rentrée littéraire. J’estimais à une quinzaine de jours le délai avant cette nouvelle vague de livres imprimés de plus en plus tôt afin de laisser aux journalistes le temps de les lire, ou au moins de les regarder, sans trop souffrir de l’embouteillage monumental qui se produit fin août.. Je me trompais : au bureau de poste, un colis m’attendait avec les épreuves de deux romans à paraître le 22 août. Deux auteurs qui, en outre, sont des voisins. Puisque, si Nathacha Appanah (La noce d’Anna) est originaire de Maurice bien que vivant en France, Pascal Béjannin (Mammo) est originaire de je ne sais où et vit à la Réunion. L’océan Indien est bien représenté dans la collection Continents noirs que Jean-Noël Schifano dirige aux Editions Gallimard. Il n’y manque, pour l’instant, que Madagascar. Un de ces jours, peut-être ?

L’attaché de presse de la collection se fend d’un mot dans lequel il se montre au fait du fonctionnement des différents hémisphères : « J’espère vous apporter un peu de détente avant l’été (enfin avant notre été)… »

L’occasion est belle, en tout cas, de reprendre ce blog interrompu quelques mois par la vie. Sans cesse entre Antananarivo et Toamasina, j’ai manqué de temps pour le tenir, et je suis très surpris de voir, en consultant les statistiques, que quelques internautes y vont quand même voir de temps à autre, peut-être tombés dessus par hasard. Je vais essayer d’être plus constant dans la publication de ces textes sans prétention, au jour le jour. Et de revenir très vite aux lectures.

En parallèle, pour ceux que ça intéresse, j’ai ouvert un autre blog, consacré à l’actualité culturelle malgache. Rien à voir en principe, sinon qu’il y aura, j’espère, quelques intersections entre les deux, quand les livres auront un rapport avec mon pays d’adoption.

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