18 août 2005

L’histoire est sans importance

J’ouvre par une contre-vérité (partielle) : il n’est pas tout à fait exact que l’histoire, dans un roman, soit sans importance. Mais elle est rarement l’essentiel. Même dans les cas où le récit est censé vous tenir en haleine, comme dans le polar par exemple, ou dans le feuilleton, le style est ce qui vous accroche vraiment. Voyez Dumas. Et, si vous ne me croyez pas, retournez-y voir, vous risquez d’avoir une (belle) surprise.

Je pense à cela à cause du nouveau roman de Pierrette Fleutiaux, Les amants imparfaits (Actes Sud, 317 pages, 19,80 euros, en librairie dans quelques jours). En treize lignes, le texte de quatrième de couverture nous en dit plus sur la trame du récit que les… presque trois cents premières pages du roman. C’est un vrai résumé à l’ancienne, après lequel l’histoire ne présente plus guère d’intérêt, puisqu’on en sait à peu près tout.

Maladresse d’éditeur ? Non, bien sûr. Car ce très beau livre vaut pour la manière dont il est mené, dans un jeu constant de réflexion sur l’écriture en train d’être conduite, et sans aucun pédantisme, sans aucune théorisation. Le matériau de l’auteur devient matière palpable, source d’interrogations sans fin, et d’en parler suscite quelques jolies réflexions, comme celle-ci, sur la manière de définir (de tenter de définir) ce qu’est une phrase d’écrivain :

« C’est une phrase qui semble venir d’ailleurs, qui s’énonce toute seule dans ta tête, avec un rythme qui te surprend toi-même, et qui semble porter une expérience bien plus vaste que la tienne. »

Essayez de faire mieux, pour voir. En ce qui me concerne, je ne m’en sens pas capable.

Voici un livre qui existe, et qui existera fort, j’espère, dans les semaines qui viennent en librairie, et plus longtemps encore pour ses lecteurs.

En revanche, on ignore si le nouveau roman de François Weyergans, annoncé depuis un temps fou (son livre précédent date de 1997, quand même !), verra le jour cette année. Il est annoncé à peu près chaque fois, l’auteur l’a même raconté aux représentants, l’éditeur s’est même fendu, il y a quelque temps, d’un « booklet » de présentation, il y a eu des articles, au moins une émission de télévision… mais d’ouvrage, point jusqu’à présent. Le Nouvel Observateur paru ce matin en rappelle quand même le titre prévu, à tout hasard : Trois jours avec ma mère. On ne sait jamais…

Posté par pierremaury à 05:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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